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mardi 15 décembre 2020

JOZSEF Attila

 

Là sur mon front

pose ta main

comme si ta main

était ma main.

 

Serre-moi fort

comme à la mort

comme si ma vie

était ta vie.

 

Et aime-moi

comme à bonheur

comme si mon cœur

était ton cœur.

 

Attila Jozsef - Mai/juin 1928 - traduit du hongrois par Francis Combes

Bataille Georges




 « Nous ne pouvons découvrir qu’en autrui comment dispose de nous l’exubérance légère des choses. A peine saisissons-nous la vanité de notre opposition que nous sommes emportés par le

mouvement ; il suffit que nous cessions de nous opposer, nous communiquons avec le monde illimité des rieurs. Mais nous communiquons sans angoisse, pleins de joie, imaginant ne pas donner prise
nous-mêmes au mouvement qui disposera pourtant de nous, quelque jour, avec une rigueur définitive.


« Sans nul doute, le rieur est lui-même risible et, dans le sens profond, plus que sa victime, mais il importe peu qu’une faible erreur – un glissement – déverse la joie au royaume du rire. Ce
qui rejette les hommes de leur isolement vide et les mêle aux mouvements illimités – par quoi ils communiquent entre eux, précipités avec bruit l’un vers l’autre comme les flots – ne pourrait
être que la mort si l’horreur de ce moi qui s’est replié sur lui-même était poussée à des conséquences logiques. La conscience d’une réalité extérieure – tumultueuse et déchirante – qui
naît dans les replis de la conscience de soi – demande à l’homme d’apercevoir la vanité de ces replis – de les « savoir » dans un pressentiment, déjà détruits – mais elle demande aussi qu’ils
durent. L’écume qu’elle est au sommet de la vague demande ce glissement incessant… »


Georges Bataille « L’expérience intérieure »




mardi 6 octobre 2020

L'exil Harmonium

 


Tout change
Et tout me dérange
Je nous reconnais plus
Les murs tremblent
Y'a plus rien qui nous ressemble
Même le nom de ma rue
Dis-moi à quel âge
Je vais pouvoir voler
D'un centième étage
Où est-ce qu'il est le nord
Quand tu regardes dehors
Le monde s'endort
Je vois des lignes au creux de nos mains
Qui ne servent plus à rien
Des signes au fond de la peau
Qui en disent un peu trop
Puis, je vois la fin encore plus sûre
Par un coup de poing dans le mur
Je vais juste être bien
Quand je vais me retrouver tout nu
Au creux de mon lit, caché ben loin
Au fond de mon appartement
J'ai moins peur du ciment
C'est bon d'entendre marcher
Quelqu'un sur l'autre plancher
Tout penche
Y'a trop de monde sur la même branche
C'est contre la nature
Ma rue est sombre
L'amour se tient à l'ombre
Pour cacher sa blessure
Dis-moi vers quel abri
Je vais pouvoir voler
Comme tu voles mon pays
Une cage
Cache ton visage
Le monde m'enrage
Des lignes froides comme du béton
Se croisent à l'horizon
Des signes enfouis sous le gel
L'amour est parallèle
Puis je vois l'exil encore moins sûr
Je prends mon élan, puis je rentre dans le mur
Tout tient comme sur un fil
Les dos tournés pour fin de journée
La peur tombe sur ma ville
Comme dans un vieil asile
Tout le monde s'entend craquer
Les murs vont débarquer
Ça déborde
Tout le monde tire sa corde
C'est fragile
Démarcher sur un fil
C'est tragique
Finir dans un cirque
C'est mortel
Suivre un carrousel
Bien accrochés à nos parapluies
Y'en a qui marchent, d'autre qui s'ennuient
C'est juste en tombant
Qu'on partage le même cri
C'est comme si tout le monde payait sa place
Pour voir chacun d'en haut perdre la face
Quand le show est fini
Je tombe toujours en bas du lit
C'est blessant
Vivre en noir et blanc
Quand t'as le cœur
Rempli de couleurs
C'est étrange
L'orchestre se mélange
C'est une parade
Tout le monde est malade
Ben cachés sous nos parapluies
Y'en a qui foncent, d'autre qui s'enfuient
Tomber de si haut
On fait tous le même bruit
C'est comme marcher au-dessus d'un abîme
En bas, la foule demeure anonyme
Me reconnaissez-vous?
C'est moi, le crisse de fou
Qui marche au-dessus de la ville

Parolier : Serge Fiori