peut-être que j'ai trop attendu
peut-être n'ai-je pas assez écouté la musique des autres
peut-être n'ai-je pas assez remué les ombres
je n'ai pas retrouvé le berceau
alors je n'ai pas su bien en parler
peut-être que j'ai trop attendu
peut-être n'ai-je pas assez écouté la musique des autres
peut-être n'ai-je pas assez remué les ombres
je n'ai pas retrouvé le berceau
alors je n'ai pas su bien en parler
Tu étais toujours étonné lorsque les choses se mettaient en place
Quand ça faisait comme des traces de pas dans le sable mouillé
Où chacun de nos pieds miraculeusement se lovait
Je t'ai vu alors à l'abri de nos mensonges
A l'abri de la sécheresse des arbres
Protégé de la balistique du temps
En vain je te prévenais te montrant du doigt mes failles
Possible alors que tout ait été remis en question
Dessinant d'incontournables virages
Puisant d'inévitables reproches
Le corps cinglé d'étreintes
Etroites feintes alcoolisées de rage
Déchirantes de lumière
Creusée dans l'ombre intime des nuits froides
Ça fait longtemps qu'on n'en entend plus leur bruit
Mots paralysés, tordus , brutalisés
Ne sommes-nous pas tous déjà neurodégénératifs
Aphasiques
Je perds, tu perds, nous perdons nos mots
Les phrases prennent des coups
Plus besoin de comprendre
Nous avons déjà TOUT compris
Et si peu AGI
Elle qui lui parle par lui regardée
Elle touchée par lui qui la regarde
Lui embrassé par elle qui le touche
Lui regardé par elle qui ne voit rien d'autre
Ni la buée qui s'échappe de sa bouche à lui
Ni sa main qui glisse doucement contre la laine du manteau
Eux recroquevillés encore bien que le quai recule
Eux si étrangement pétrifiés qu'on croirait presque que
le temps s'est arrêté là
Là exactement où se porte mon regard
Mon regard incrédule et las
Dois-je y croire encore
Est-ce cela le souvenir ?
"Le vent soufflait, courrait devant nous de place en place, et je restais là, au milieu, à l'écouter. Un poids de tristesse et de solitude m'accabla soudain comme si quelque chose était arrivé ou sur le point d'arriver et que je savais de quoi il s'agissait. Je crois que je n'avais encore jamais prêté attention au monde autour de moi ; jusqu'alors, je pensais que "j'étais" le monde. En écoutant le vent et sa triste mélopée, je sus que cette tristesse n'était pas mienne, qu'elle appartenait au monde. "
Janet Frame
Mais parfois tu mets tes pensées en apnée
Tu te réfugies dans le confort
Comme dans les coussins d'un fauteuil
Ça devient pénible pour tout le monde
Ça tire toutes les coutures
Les cicatrices font mal
Ça saigne goutte à goutte
Ça tache
Un coup de pied de gueule
Une aiguille une trouée
J'essaye tout
Je masse ton esprit de cœur de traviole
De haute lutte je perds parfois
parfois j'abandonne
je reste allongée dans l'eau de mer salée
je fais tapis
tapisserie
Ecrire comme Elle
Ecrire en sons
En musique en cris
Ecrire en douce
En supplique en vie
Ecrire nue
Ecrire comme elles
Nüshu
je l'écris
Comme en dentelle
Parce que ma mémoire
Se troue
Le nüshu (女书) est un système d'écriture unique au monde car il a été inventé et utilisé exclusivement par les femmes du district de Jiangyong, dans la province du Hunan en Chine. Créé pour pallier leur interdiction d'accéder à l'éducation, ce syllabaire phonétique s'inspire des caractères chinois traditionnels mais adopte des formes fines et en losange.
L'orage est passé
Les dessins à la craie se sont effacés
Il faudra revenir, et recommencer
Tout ce qui me coutait ne me coûte plus
Tout ce qui me rebutait ne me rebute plus
Cette marmite au fond brûlé je la laverai
Cette litière de chat je la changerai sans rechigner
Dans le temps imparti, point de trivialité
Tout est égal
Tous les évènements et les non évènements s'alignent sur une liste
Très longue, si longue qu'elle parait infinie, juste
Elle ne l'est pas
Les corvées, les devoirs, les contraintes de toutes sortes
S'alignent comme des obstacles à franchir, l'un après l'autre
Les planètes aussi parfois, s'alignent
Il faut avancer face au vent qui renvoie l'expiration vers l'intérieur
A l'intérieur ça souffle et ça s'essouffle
Il faut avancer plus fort
C'est le for intérieur dans les murailles duquel
Les boulets s'enfoncent et restent fichés
Cicatrisent
Et au final s'intègrent
C'est la croix sur laquelle le sang a séché
les veines du bois dans lesquelles le sang a coulé
La croix finit en clôture, en poteau, en pâture, en poussière
Comme celui qui l'a portée et qu'elle a porté
Martyrs à la chaîne eux aussi réduits en poussière
Retournés.
Tout cela c'était avant.
La plupart des gens ne voient que la partie émergée de l'iceberg
Mais toi non
Tu n'as pas eu peur de plonger dans les profondeurs
L'eau glacée ne te rebute pas
Et déperle sur toi
Au contraire
Tu aimes la profondeur
L'épaisseur de glace te rassure
Elle soutient tes pas
Tu es mon ours blanc
Dans le fracas de la folie existent
Des moments suspendus
Où de petits êtres s'endorment
Enroulés
Les traces dans les veines du siècle
Rougeoyantes, simplifiées
Des poings cognent les troncs
D'autres hommes
Là
Des graines pleuvent sur des jardins grisonnants
Des kilomètres de femmes font la queue
Leurs cheveux sont fichus, fragmentés, en nattes élastiques.
En vain.
Il faut vouloir espérer, sinon souffrir.
Elle dit "tu t'es trompée de chemin"
J'ai fait demi tour
Pourquoi faire ?
Pour aller où ?
Déjà trop loin sans doute, je ne l'ai pas revue
Même de loin
Chercher le chemin, la direction
Relier des étapes
La bonne distance, le sentier, l'itinéraire
La compagnie, l'éclaircissement
La clairière, où pourtant,
Ils étaient là.
Ses pas dans la neige.