dimanche 2 septembre 2018

Christiane



S’immobiliser. Stopper la toupie verbale qui entraîne notre esprit dans sa giration obsessionnelle.
Se taire passionnément. Et chaque fois qu’une association de pensées se faufile, s’immisce dans une fêlure de notre attention, la rejeter impitoyablement.


Ne rien faire, ne rien déranger.


Dériver.


Assise sur un rocher, je laisse le froid visiter l’épaisseur de mes jupes.
Me traversent le crissement et les bruits, l’odeur de la terre.
Suspension. Pointe aiguë. L’envie de crier.
Soudaineté de la perfection.

Je n’écoute pas. Les sons me recouvrent comme un lichen.
Je ne regarde pas. Les branches et leurs ombres poussent dans les yeux ouverts.
Je ne respire pas. Un souffle régulier m’habite et me scande.
Je ne flaire pas. Les odeurs m’enfouissent au ventre leurs rhizomes.

Absence et suspension.
Où allais-je chercher l’aventure. ?

Une escapade semblable permet au moins deux découvertes : en ne faisant rien, celui qui n’a rien fait a déjà fait beaucoup; et ce qu’il faut à l’homme pour aller au bout de ses rêves et de ses possibilités n’est rien d’autre que ce qu’il a déjà : son corps.



http://lesinsoumis.org/christiane-singer-la-transmission-de-lessentiel/

jeudi 30 août 2018

Se souvenir









Il nous appartient à chacun en propre de nous souvenir des beautés qui nous ont émus.
Nous sommes tous et toutes dépositaires de quelque chose, 
d'une multitude de choses que personne d'autre n'a vécu ni ne vivra jamais.
Nous sommes des rêvothèques, des instantothéques, des baisothèques.
Le partage et la poussière sont notre destinée.









Indécence





Il y a quelque chose d'insupportable dans cette tendance humaine
 à s'engouffrer dans les brèches, à les transformer en failles, puis
 à y insérer des écarteurs puissants jusqu'à ce qu'un gouffre se crée.
Un profond dégoût m'envahit. Je ne peux plus lire les journaux, 
écouter les discours bien rodés à la radio, je ne peux plus...
Rien de plus indécent que l'humanité qui se regarde 
crever dans le miroir.








mercredi 29 août 2018

Caillou









entrer dans un temple 
comme on jette un caillou
au milieu des pigeons
et que tout s'envole autour









Recette





 j'avais cuisiné un plat
courgettes oignons champignons riz rouge
un peu de noix de cajou
c'était pour toi, c'était bon
je voudrais que tu t'en souviennes






lundi 27 août 2018

Une vie à la va-vite







et chaque jour sentir un peu plus la durée
intérieurement
ce sentiment du début et de la fin
simultanément
savoir que toute chose commence et s'achève
en même temps
à peine né
à peine ouvert déjà refermé
à peine venu reparti
accessoirement
comme une trajectoire filante
un acte pressé
innocemment
une vie à la va-vite
une vie à refaire
infiniment
















Cela ne pourra se faire







cela ne pourra se faire que dans la mer
dans les bras de la mer
comme une évidence
cela ne pourra se faire que dans le ciel
dans les yeux du ciel
comme une danse
cela ne pourra se faire qu'avec les étoiles
au dessus de nous
comme un trou