jeudi 7 septembre 2023

Secrète





Si tu ne peux rien me dire c'est bien

Si je ne peux rien dire non plus c'est bien

Nous irons de cette façon là où toi tu veux aller

Je t'accompagnerai de loin si c'est ce qu'il te faut

Je peux tout accepter de toi

Que ce silence protège ton secret

Comme un tégument

Qu'il pousse tout sur son passage

Qu'il remue

Qu'il respire

Qu'il vive enfin





















vendredi 4 août 2023

Je m'en vais

 

Je suis allée chercher les mirabelles et les fruits murs sont tombés dans mes mains. La douceur des fruits dorés et odorants m'a ramenée vers toi, qui m'offrais aussi tes fruits dans leurs douces enveloppes. Et je les prenais. Ridicule érotisme des récoltes souvent vaines.

Ici les oiseaux sont passés avant moi, et ils ont troué de leurs becs avides et pressé les mirabelles les plus sucrées. Des gouttes ont cristallisé leurs sucs en bulles ambrées et collantes. Les fruits troués jetés au sol attendent de servir d'offrande aux fourmis. Et aux bêtes basses de la terre. 

Cette année, nous avons permis aux branches de descendre jusqu'au sol, Jaldara n'étant plus là pour son orgie de sucre alcoolisé par le soleil brûlant. Tout a poussé, et les petites filles feront leurs petites récoltes tardives. Je leur laisse les fruits encore trop verts qui seront à point pile pour leur venue.

Certaines prunes ont pourri de façon compacte et absurde. Abcès abject au centre de la vie. la mort ne choisit pas : elle prend ce qu'elle trouve. Parfois tout en bas des branches, les petites, isolées, parfois tout en haut, parmi les foules compactes promises à la confiture. La déconfiture des prunes me fait rêver.

Une punaise en camouflage fait la course avec mes mains. Elle me craint davantage que je ne la crains. Elle sent que deux de mes doigts en étau suffiraient à l'envoyer au paradis des insectes. Pour les animaux, il n'y a pas d'enfer. Ils ne font que ce qu'ils doivent, n'obéissant qu'à la puissance de leur instinct naturel, pas comme nous, qui nous imposons de faire des choix, pour en tirer les conséquences parfois délétères. 

Cours, punaise, je ne t'enlèverai pas la vie. Ton costume d'écorce si bien imité te protégera encore longtemps contre l'étrangère que je suis ici. Seuls les mots courent jusqu'à la feuille...de papier. Puis, les chiffres les remplacent...Un, deux, trois...Une, deux... Un, deux trois quatre cinq...Les mirabelles ont rempli mon panier. Je m'en vais.




jeudi 22 juin 2023

Ils flottaient sous moi et me regardaient



Mes yeux refusaient de s'ouvrir

Mon cerveau analysait la situation et ne comprenait pas

Où étais-je ? Dans quel méandre de la conscience !

Comme dans un couloir flottant

Je les ai vus en dessous de cette grille fragile sur laquelle je marchais

Ils me regardaient et semblaient en dehors de tout

J'ai crié son nom et mes paupières se sont ouvertes

Il faisait jour

Enfin






lundi 24 avril 2023

Nos deux corps sont en toi (poème de la reine Margot)

 

Nos deux corps sont en toi,
Je le sais plus que d'ombre.
Nos amis sont à toi,
Je ne sais que de nombre.

Et puisque tu es tout
Et que je ne suis rien,
Je n'ai rien ne t'ayant
Ou j'ai tout, au contraire,

Avoir et tout et tien,
Comment se peut-il faire ?...
C'est que j'ai tous les maux
Et je n'ai point de biens.

Je vis par et pour toi
Ainsi que pour moi-même.
Tu vis par et pour moi
Ainsi que pour toi-même.

Le soleil de mes yeux,
Si je n'ai ta lumière,
Une aveugle nuée
Ennuie ma paupière.

Comme une pluie de pleurs
Découle de mes yeux,
Les éclairs de l'amour,
Les éclats de la foudre

Entrefendent mes nuits
Et m'écrasent en poudre.
Quand j'entonne les cris,
Lors, j'étonne les cieux.

Je vis par et pour toi
Ainsi que pour moi-même.
Tu vis par et pour moi
Ainsi que pour toi-même.

Nous n'aurons qu'une vie
Et n'aurons qu'un trépas.
Je ne veux pas ta mort,
Je désire la mienne.

Mais ma mort est ta mort
Et ma vie est la tienne.
Ainsi, je veux mourir
Et je ne le veux pas.

Marguerite de Valois

vendredi 7 avril 2023

A l'envers de moi




je crois toujours qu'elle est partie

je crois toujours qu'elle a trouvé ce qu'elle cherchait

ce dont elle avait si cruellement besoin

je croyais qu'elle avait rempli les vides

bouché les anfractuosités 

mais non je l'ai sentie encore tout à l'heure

au plus profond de mon ombre

elle est toujours là celle qui attend

à l'envers de moi




mercredi 5 avril 2023

Même les falaises

 




Puissions nous ne pas arrêter le sable qui s'écoule

Puissions nous ne pas fatiguer les nuages

Faire en sorte que les bourdons ne s'arrêtent pas de vrombir

Que les boutons deviennent des fleurs

Puis des fruits

Puisque 

Même les arbres finissent pas mourir

Puisque même les falaises s'écroulent

Et que

Les petites filles aussi

N'ouvrent parfois jamais les yeux

Puissions nous offrir nos vies à la vie

Nos chiennes à la mort

Et dégringoler le plus doucement 

Possible





mardi 17 janvier 2023

Les eaux de mère



Le ciel ne crie pas

L'eau ne crie pas

Alors je ne crie pas

Suivant leur exemple

Je pleure les eaux de mère

Il faut vingt ans à une stalactite pour prendre un centimètre

Combien de larmes ça fait ?